Action Solidaire/Regards d'Haïti


Quatre collaborateurs d’Accueil Négoce sont partis le 1er mai dernier pour témoigner de l’action menée par l’association SOS Villages d’Enfants. Récit en leur compagnie d’un voyage marquant.

Le 12 janvier 2010, un puissant tremblement de terre dévastait l’île d’Haïti et sa capitale, Port-au-Prince, causant des centaines de milliers de morts et des dégâts colossaux. Quelques mois après, du 1er juin au 31 juillet, les 77 agences du réseau d’Accueil Négoce se mobilisaient pour soutenir l’ONG internationale SOS Villages d’Enfants. 862 colis solidaires étaient vendus à l’issue de l’opération. Une participation de l’entreprise et des clients à hauteur de 15 euros chacun a permis de remettre à l’association humanitaire un chèque de 26 000 euros. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Une seconde étape prévoyait de rapporter un témoignage concret de l’action menée sur place. Le 1er mai dernier, quatre collaborateurs ont embarqué pour une semaine à destination de Port-au-Prince, à plus de 7000 km de Paris et du sol français.


Des soldats pour dissuader les pillards

« C’est un autre monde, résume Gianni Schiariti, technico-commercial de l’agence Mafart de Saint-Malo. On débarque de l’avion dans un hangar, il y a des convois de Casques bleus, des bidonvilles... » « La ville est encore complètement détruite, renchérit Bruno Rivallin, technicocommercial de l’agence Douet de Challans. Il reste quelques bâtiments mais ils sont très fragilisés. Les gens sont dans la rue, manquent de nourriture. Un gouvernement se met en place mais il n’a pas pris complètement ses fonctions. » Pour les quatre protagonistes, le panorama qu’ils découvrent le long de l’unique route encore praticable est chaotique. Misère, insalubrité, famine... Une fois quitté l’axe principal depuis Port-au-Prince, les 4x4 s’engagent sur des chemins de terre criblés d’ornières. À une quinzaine de kilomètres de la capitale, l’entrée du village d’enfants est gardée par des soldats armés pour dissuader les pillards à l’affût de la moindre nourriture.


Un quotidien bien organisé

Présente depuis trente ans à Haïti, l’association gère sur place deux villages, deux écoles, des foyers et des centres sociaux. Les collaborateurs d’Accueil Négoce ont séjourné dans le village SOS de Santo, proche de la République dominicaine. Comparé au reste du pays, « c’est un véritable cocon », observe Nasser Iamarène, technico-commercial chez Cobatri Mérignac. Autour de la vingtaine de maisonnettes bâties en dur ont été ajoutées des cabanes préfabriquées pour répondre à l’urgence. « À l’heure actuelle, 250 à 300 enfants résident en permanence à Santo, note Pierre-Yves Brams, directeur des agences Cobatri à Tours. Mais ils sont presque 700 en tout car d’autres arrivent des campements alentour suivre les cours, manger à leur faim, avant de repartir le soir. Le village fonctionne comme une petite ville et donne un cadre à la population. » Au quotidien, la rigueur et l’organisation sont de mise. « L’école démarre à 7 h, avec un lever de drapeau à 7 h 15, poursuit Bruno Rivallin. Chaque logement est partagé par quatre à cinq enfants entourés d’une éducatrice. Nous avons été très bien accueillis par les permanents de l’association, qui viennent de continents très différents, et Gilles Paillard, le directeur général de SOS Villages d’Enfants France qui avait également fait le déplacement. C’est comme une entreprise, avec ses services, des enseignants, des infirmières, sa direction... »


La solidarité durable

SOS Villages d’Enfants a la particularité de préserver les fratries et d’accompagner ses protégés sur la durée. Entre seize et vingt-et-un ans, les adolescents rejoignent des foyers, toujours pilotés par l’association, pour entamer une insertion progressive. Il reçoivent un peu d’argent à gérer, se préparent à la vie active. Lors du séjour, les collaborateurs d’Accueil Négoce ont pu visiter quelques-uns de ces sites établis à proximité, ou parfois dans des maisons de ville. Beaucoup de jeunes Haïtiens partent ensuite étudier aux États-Unis, d’autres trouvent un emploi sur l’île. « Ce n’est pas uniquement l’urgence mais aussi de la prévention, de l’éducation », remarque Nasser Iamarène. Il raconte que le chauffeur de taxi les ayant conduits depuis l’aéroport a lui-même grandi sous l’aile de l’association et en fait aujourd’hui partie. « Des programmes de quartiers se mettent en route, explique encore Pierre-Yves Brams, avec des parents qui donnent des cours ou préparent des repas. » Autour, d’autres écoles de fortune sont aménagées sous des toiles de tente, dans une chaleur accablante. Sur les 26 000 euros de dons, un tiers de la somme a été utilisé à ce jour pour nourrir les enfants, les mettre à l’abri d’éventuelles nouvelles catastrophes climatiques, et aussi pour tous les soins médicaux. Ensuite, l’argent servira pour la scolarisation et le relogement. Les besoins restant considérables, un troisième village et une école supplémentaire vont être construits.


« Le sourire et la volonté de s’en sortir »

Gianni Schiariti a apprécié la transparence du fonctionnement de SOS Villages d’Enfants. « On peut voir sur Internet comment l’argent est utilisé, ce qui n’est pas le cas de toutes les ONG. C’est une garantie supplémentaire quand on veut faire un don. Malgré les retours des médias, on ne se rend pas compte de l’ampleur du travail mené au quotidien, des infrastructures, mais aussi de l’investissement des personnes. » De retour en France, il a pu relayer son expérience auprès des clients qui avaient participé à l’opération. Animateur dans sa jeunesse, Nasser Iamarène dit également avoir été touché par ce séjour, montrant spontanément autour de lui les photos réalisées durant la semaine. « Ça marque, on apprend à relativiser notre situation. » « C’est seulement une fois sur place qu’on prend conscience de la réalité, dit à son tour Bruno Rivallin. S’il fallait refaire demain la même démarche, nous serions volontaires corps et âme. » « Malgré leur détresse, les enfants haïtiens ont le sourire et la volonté de s’en sortir », conclut de son côté Pierre-Yves Brams.


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